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Sur ce blogue, vous retrouverez des articles rédigés par des étudiants, amenant des réflexions et des perspectives intéressantes sur le sujet des Ruelles bleues-vertes. Ces articles indépendants ne représentent pas nécessairement la position de l'Alliance RBV.

 

Article #1

Photo : Marie-France Coallier - Le Devoir

Gestion alternative des eaux : une approche communicative misant sur la coopération et la mobilisation

 

Le 1er février 2020 - Par Vincent Malboeuf, étudiant en Maîtrise Management et Développement durable à HEC Montréal. En collaboration avec Amarilys Simoneau, Léo Queinnec, Nastassia Moutard et Romane Boudreau.

 

La densification du tissu urbain est synonyme d’accessibilité, de mobilité et de communauté, mais est aussi à l’origine de plusieurs inconvénients. Au fil du temps, les infrastructures grises causent des perturbations du cycle naturel de l’eau et de la perméabilité des sols, rendant difficile la gestion des eaux usées. Dans le contexte climatique actuel, une pression croissante sur des infrastructures fragiles pourrait multiplier le risque de refoulement et d’inondations. Une gestion durable des eaux au sein des villes est donc nécessaire afin de s’inscrire dans un objectif commun de développement durable. [1]

 

En développant des stratégies novatrices pour rediriger les eaux de pluie vers des ruelles végétalisées et ainsi décharger les égouts municipaux, l’Alliance Ruelles Bleues-Vertes (ARBV) contribue à la résolution de cet enjeu. La pierre angulaire du projet est une gestion innovante du secteur par un modèle de gouvernance basée sur la coopération, la participation démocratique de multiples partenaires, la mutualisation de ressources et de compétences[2] ainsi que l’appropriation citoyenne.[3] Le succès de ce projet est toutefois inhérent à la mobilisation citoyenne et au partage des stratégies avec de nouveaux acteurs potentiels.

 

Dans un rapport académique détaillé, notre équipe s’est penchée sur les stratégies de communication de l’ARBV, s’appuyant sur la question d’orientation suivante : comment le projet de ruelle bleue et verte (RBV) peut-il contribuer à communiquer l’intérêt de la gestion alternative des eaux de pluie, et comment cette communication peut-elle servir pour influencer les divers acteurs?

 

Pour y répondre, une approche backcasting nous a permis de déterminer trois objectifs à atteindre. Le premier : démontrer la faisabilité et l’acceptabilité du concept RBV à Montréal d’ici la fin de 2021. Le pilier central de réalisation de cet objectif est d’abord la mise à terme des projets en cours. Ceux-ci feront office de vitrine pour démontrer la faisabilité d’une ruelle bleue et verte et ses bénéfices communautaires. L’acceptabilité du concept nécessite quant à elle une discussion bilatérale entre l’Alliance et ses parties prenantes, une consolidation des intérêts communs ainsi que des ateliers collaboratifs rassembleurs. Cette collaboration active permettra de maintenir la motivation et l’implication des différents acteurs par une résolution de problèmes efficace et une célébration des petits avancements. Le comité de recherche pourrait également travailler sur le partage des stratégies et l’élaboration de critères de réalisabilité d’un projet afin qu’il soit adaptable à divers types d’infrastructures et de gouvernances. Une approche inclusive par le bas est également indispensable à l’acceptabilité du projet. En basant les décisions sur les besoins et contraintes des parties prenantes, l’acceptabilité s’en trouve nettement consolidée. Le deuxième objectif consiste en la création d’un mouvement citoyen supportant la gestion alternative des eaux de pluie d’ici 2022. Un défi majeur est de modifier l’opinion publique sur la gestion des eaux et l’importance des projets à long-terme pour garantir l’apparition de projets urbains écologiques. Ce changement d’opinion dépend d’un processus de revendication impliquant les citoyens. Il faudra donc souligner l’importance du projet RBV et ses avantages sur leur qualité de vie, de manière à susciter leur appui et leur pouvoir revendicateur. La formation d’une coalition citoyenne, en suivant les étapes proposées par Équiterre, serait également un atout.[4] Celle-ci aurait pour but de participer aux consultations publiques et ainsi donner plus de crédibilité et de poids au projet RBV. Enfin, le troisième objectif est de faire évoluer la réglementation relative à la gestion de l’eau des municipalités d’ici 2023. Malgré les avancements notables aux règlements de la ville de Montréal sur la gestion des eaux pluviales (R20-030) en juin 2020, mentionnés par Pascale Rouillé lors de notre rencontre, la législation actuelle n’est pas adaptée à l’approche innovante de l’Alliance Ruelle Bleues-vertes. Il existe des freins réglementaires en ce qui a trait à la rétention d’eau sur les terrains privés. Il y a également un frein relatif à la gouvernance. Présentement, les arrondissements n’ont pas la possibilité légale d’octroyer des contrats à l’ARBV, ce qui risque de compliquer grandement le démarrage de nouveaux projets. Notre équipe croit donc qu’il est pertinent de poursuivre les pressions sur les institutions publiques. Une visibilité accrue est nécessaire, notamment en allant à la rencontre de différents élus et en publiant des articles dans la presse reconnue par les différents gouvernements. Pour assurer le succès des futurs projets, il faut convaincre les gouvernements de l’importance d’un changement de direction et d’une adaptation des réglementations regroupant les volets sociaux, écologiques et économiques, par rapport à l’accès aux espaces verts, le bien-être des citoyens et la gestion écologique et responsable de l’eau.

 

Afin d’atteindre ces trois objectifs, notre équipe a établi quatre recommandations. La première est d’encourager la mobilisation citoyenne, surtout chez les jeunes.  Comme l’a démontré le projet TAP à Détroit[5], les jeunes sont très actifs sur les réseaux sociaux et très revendicateurs. Susciter la participation active des jeunes d’un quartier dans un projet de développement urbain peut considérablement accroître la pérennité de celui-ci. Notre seconde recommandation est de mettre en place une stratégie de visibilité dans les médias. L’accroissement de la visibilité du projet dans les médias permettra de répondre aux objectifs de réplication des projets, de mutualisation des ressources et de réorientation de l’opinion publique. L’appel aux réseaux sociaux pour la sensibilisation et la mobilisation citoyenne pourrait générer un intérêt public marqué et donc une plus forte présence médiatique. L’association avec des porte-paroles locaux, des influenceurs, des magazines ou divers autres médias pourrait générer un plus grand intérêt et engagement des jeunes citoyens. La troisième recommandation est le partage des leçons apprises et la création d’un environnement collaboratif au-delà de l'Alliance Ruelle Bleues-Vertes. Notre équipe estime que la pérennité du projet repose dans le partage des résultats au moyen de tables rondes, d’articles de presses et de diffusion de rapports. Cela aura pour résultat de faire avancer la discussion et de permettre l’élargissement du processus itératif grâce à l’émergence de nouveaux acteurs et de nouveaux projets. La démocratisation de ce savoir aura pour effet, selon nous, d’assurer une crédibilité à ce mouvement durable auprès des institutions publiques. À ce titre, notre quatrième et dernière recommandation consiste en l’augmentation de la visibilité et l’élargissement du réseau au sein des institutions publiques. Notre équipe croit fermement que l’ARBV doit s’immiscer dans l’appareil gouvernemental afin d’avoir accès, dans un premier temps, à des informations fiables entourant la réglementation, mais aussi pour exercer une plus grande influence sur les acteurs politiques. L’ARBV peut s’appuyer sur son partenaire qu’est l’arrondissement afin d’élargir son réseau dans la sphère politique.

 

L’ARBV est un projet innovant dans son approche, duquel nous faisons trois constats. D’abord, la gestion durable de l’eau est un levier important pour la lutte contre les changements climatiques. Ensuite, une gouvernance collaborative est la clé de la réussite d’un projet impliquant des partenaires des sphères publique, privée et citoyenne. Finalement, un petit groupe de citoyens enthousiastes et assidus peut être à l’origine de grands changements!

 

Pour accéder à notre rapport complet, veuillez cliquer sur le document "Rapport final - Ruelles bleues-vertes" ci-dessous.

 



[1] PETIT, Stéphanie, Pascale Rouillé et Marie Dugué (2018). « Gestion durable des eaux pluviales – Mettre à profit l’expérience des projets pilotes », Urbanité, Printemps-Été 2018, p.30-31

[2] Ruelles Bleues-Vertes (2020b). Ruelle bleue-verte de Pointe-Saint-Charles, Rapport d’avant-projet, Émission 4, Récupéré de Ruelles Bleues-Vertes, p. 11

[3] RUBY, Françoise (2020, 13 octobre). « Ruelles bleues-vertes : Rétablir le cycle naturel de l’eau pour améliorer les milieux de vie », Magazine 100°, section santé environnementale, récupéré le 19 octobre de : https://centdegres.ca/magazine/amenagement/ruelles-bleuesvertes-retablir-le-cycle-naturel-de-leau-pour-ameliorer-les-milieux-de-vie/

[4] Équiterre (2011). Comment créer un comité citoyen ou de quartier. Récupéré le 25 octobre de https://www.equiterre.org/fiche/comment-creer-un-comite-citoyens-ou-dequartier

[5] DUNN, Patrick (2017, 27 novembre). « Alley revolution: How Detroit rethought and repurposed its alleys », Model D. Récupéré le 25 octobre de https://www.modeldmedia.com/features/green-alley-revolution-112717.aspx

 

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Rapport final - Ruelles bleues-vertes
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